Philippe Colignon

photosensible

Ces portes-là s’ouvrent sur une autre dimension. A laquelle on ne peut s’attendre. Une dimension surprise.

Un autre temps — la plupart du temps.

Un temps d’hier, il en reste fatalement des traces, imbibées, incrustées, imprégnées.

L’air qui se respire derrière ces portes-là est autre. D’un autre parfum, d’une autre saveur.

Quand bien même on ne le remarque pas d’entrée, sitôt de ces portes le pas franchi, le seuil passé…

Quand bien même la lumière du jour n’éclaire qu’au bout du tunnel plus ou moins long du passage à traverser. Hier est encore aux rives d’aujourd’hui, au-delà de ces rives enfermées, de ces sas traversés.

Les portes cochères ouvrent leurs bras épais de lourds vantaux et ce mouvement est en lui même un accueil fait. On n’entre pas sous ces porches comme sous n’importe quel linteau, on ne pousse pas ces portes-là comme de vulgaires panneaux de plus ou moins contreplaqués. Le geste se mesure. Se réfléchit. Ces portes-là ne s’ouvrent pas comme d’imbéciles glissades de verre qu’un œil électronique commande…

Entrez.

Je vous en prie.

C’est quelquefois une montagne qu’on entrouvre. Dans la faille tranchée de laquelle on s’insinue.

Au bout, là-bas, d’un passage assombri, d’une cour pavée que des siècles jointoient, il est d’autres logis, il est d’autres vallées, d’autres habitations, pratiquement d’autres mondes, et des logis de gens,  cernant un puits vertical dressé vers un carré de ciel.

Ces portes-là, cochères, ces passages traversiers de miroirs improbables, ces porches aux dos ronds, arc-boutés,  soutenant les cieux de tous les temps comme des parvis de Cathédrales… ces passages basculant sur des entrailles de châteaux… Qu’il suffit d’entrebâiller pour se sentir invité à pousser plus avant.

Se sentir attendu en hospitalité.

Pierre Pelot


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